Il est 0:04, elle regarde l'heure, assise sur son lit, sans trouver le sommeil, comme chaque soir. Elle rabat la couette sur elle, mais ne s'allonge pas tout à fait, elle s'affaisse juste un peu plus sur ses coussins. Elle pense à ce jour nouveau dans lequel elle vient d'entrer. Sera-t-il aussi mauvais que les précédents ? Mais ce n'est pas le sujet de cette histoire.
Elle n'a jamais aimé l'histoire. On ne lui apprend que les erreurs du passé, celles du pouvoir, celle de son peuple, les erreurs de l'Humanité (mais mérite-t-elle une majuscule ?), les erreurs des autres... A croire qu'il n'y eût que des erreurs...
Elle ne peut pas refaire le monde, concrètement, car le pouvoir, depuis toujours, appartient aux forts, aux adultes, aux hommes, aux riches, à ceux contre qui elle crie, à ceux contre qui elle pleure. Mais que peut-elle y faire, elle qui n'est plus tout a fait une enfant & pas encore tout a fait une femme non plus. Elle qui voit & qui essaye de comprendre ce monde alentour, mais qui n'y voit que les erreurs passées, présentes & futures. Elle qui essaye, elle-même, de ne pas blesser ceux qui l'entourent, de masquer ses faux pas, ses dérapages, elle n'as pas la prétention de rendre le monde meilleur mais fait tout pour contribuer au bonheur humain, à son échelle.
Bien sur, ce n'est pas un ange, elle pense mais ses actes peuvent démentir toutes ses belles paroles, elle qui dénigre la guerre use la violence au quotidien, elle que les discriminations choquent, critique les autres juste pour mieux en rire.
Elle qui se sent seule joue un rôle qui l'isole, alors qu'en étant elle-même, elle se sent mieux & est meilleure avec les autres. Elle qui sait se servir des critiques pour s'améliorer pleure ce qui ne lui plaît pas en elle. Elle se cherche. Au fond ce n'est qu'une enfant qui a perdu son ignorance.
Bienheureux, le temps de son ignorance, où elle avançait les yeux fermés sur ce qui l'entourait, évoluant dans un monde coloré, souriant, un Eden, son imagination transformant chaque contradiction en aberration. Puis elle a ouvert les yeux, quand son idéal de l'amour a disparu. La plus grosse des aberrations, celle qui lui a fait percevoir que le pouvoir de l'argent, & son influence, importait plus que l'amour filial. Plus que l'amour que des adultes peuvent porter a leurs enfants. Mais l'argent, qu'est-ce ? Leur illusion de pouvoir « bien vivre », de se nourrir, & si des gnomes déstabilisés peuvent leurs rapporter un peu plus, quitte a user de manipulation & d'hypocrisie, contre les fruits de leurs amours perdus, ils n'hésitent pas ! Oui, ils manipulent, ils volent, torturent, se battent, pour grappiller sur le dos des autres les quelques centimes qui les rendront encore plus gourmands.
Elle a pris conscience de tout ça. De ne pas vivre en démocratie, mais en ploutocratie, là où les riches décident et les autres exécutent, elle sait qu'elle vit a une époque où elle n'as pas le temps de rêver, où elle doit commencer aujourd'hui a être la meilleure, souriant aux autres tout en leur enfonçant le poignard de l'échec dans le dos. Où même ceux qu'elle appelle naïvement ses « amis » elle doit savoir les surpasser, pour arriver au sommet, pour ne pas devoir exécuter, elle doit se battre lâchement aujourd'hui pour demain être libre, même si elle sait que le système est pourri, qu'elle n'est pas un monstre, même si elle sait qu'en réussissant ainsi elle n'aura jamais la conscience tranquille, elle n'ose pas aller a contresens, car elle sait aussi que ce n'est pas elle qui va changer les choses, & elle sait que si elle échoue, il n'y aura pas de seconde chance.